Dans une médiation : Qu’est-ce qui n’est pas dit ?
Explorer ce qui n’est pas dit pour mieux comprendre les enjeux sous-jacents et trouver des solutions durables.
Lorsque l’on mène une médiation, une des questions les plus importantes à se poser est « Qu’est-ce qui n’est pas dit ? ».
Cette question va au-delà de ce qui est exprimé verbalement.
Elle nous invite à nous plonger dans les non-dits, à comprendre les émotions sous-jacentes, les peurs cachées et les besoins inavoués.
En médiation, les mots ne sont qu’une partie de l’histoire ; les silences, les gestes et les regards parlent souvent bien plus fort que ce qui est dit ouvertement.
Voici pourquoi cette question est cruciale et comment elle peut transformer une médiation.
1. Les non-dits révèlent les émotions sous-jacentes
Les émotions sont souvent difficiles à exprimer, surtout lorsqu’elles sont intenses ou conflit-related. En médiation, il est fréquent que les parties ne parviennent pas à exprimer pleinement leur colère, leur peur ou leur tristesse. Cela peut être dû à la honte, la peur d’être jugé, ou tout simplement à une incapacité à trouver les bons mots pour décrire ce qu’elles ressentent profondément.
Je me concentre non seulement sur les mots prononcés, mais aussi sur ce qui reste implicite. Je pose des questions ouvertes qui permettent d’explorer des sentiments non exprimés :
“Quand tu dis cela, est-ce qu’il y a une peur qui se cache derrière ?”
“Je vois que tu hésites à dire quelque chose, est-ce qu’il y a quelque chose qui t’empêche de le partager ?”
Ces questions ouvrent l’espace pour que les parties s’expriment sur des sujets qu’elles n’avaient peut-être pas encore abordés.
Lors d’une médiation, un parent peut dire : “Je fais de mon mieux pour comprendre Maddie.”
La question sous-jacente pourrait être : “Est-ce que je suis un bon parent ?”.
En explorant ce qui n’est pas dit, on peut aider à libérer une peur profonde qui bloque la communication et trouver une voie pour reconstruire la confiance.
2. Les besoins cachés derrière les demandes explicites
Les demandes explicites dans une médiation (comme “Je veux plus de temps pour moi” ou “Je veux une meilleure répartition des tâches”) sont souvent des symptômes de besoins plus profonds.
Ce qui n’est pas dit, ce sont les besoins émotionnels, psychologiques ou relationnels qui poussent ces demandes.
Je cherche toujours à comprendre le besoin fondamental qui se cache derrière une demande superficielle.
Cela implique de poser des questions qui mènent à des réflexions plus profondes sur ce que les parties attendent réellement de la médiation, de la relation ou de la situation.
Un employé qui réclame des jours de congé supplémentaires pourrait, en réalité, exprimer un besoin plus profond : celui de se sentir reconnu et soutenu dans son travail.
Le simple fait d’exprimer ce besoin sous-jacent peut permettre de trouver des solutions beaucoup plus efficaces que simplement accorder plus de temps libre.
3. Le langage corporel et les silences : des indices précieux
Le langage corporel est une mine d’informations qui peut nous en dire long sur ce qui n’est pas dit verbalement.
Les gestes, la posture, les regards et même le ton de la voix révèlent souvent plus que les mots eux-mêmes. Parfois, un simple silence ou un mouvement de recul peut en dire plus sur un conflit que des heures de discussion.
Je suis particulièrement attentif aux micro-expressions, aux gestes inconscients et aux changements dans le ton de voix.
Lorsqu’une personne se ferme ou semble hésiter à répondre, j’en parle ouvertement pour libérer l’espace de manière non intrusive.
Si un participant regarde souvent ailleurs ou a les bras croisés pendant que l’autre parle, cela peut indiquer un détachement émotionnel ou une réserve par rapport à ce qui est dit.
Plutôt que de laisser ce non-dit persister, je pourrais demander : “Je remarque que tu as l’air un peu distant en écoutant, qu’est-ce que cela t’évoque ?”.
Cela ouvre la possibilité de mettre en lumière des émotions refoulées ou des réticences qui n’ont pas encore été abordées.
4. Les silences comme sources de révélations
Les silences sont souvent vus comme des moments gênants dans une discussion, mais en médiation, ils sont précieux.
Le silence permet aux participants de digérer ce qui vient d’être dit, de réfléchir à ce qu’ils ressentent vraiment et à formuler des pensées plus profondes.
Je n’ai pas peur du silence en médiation.
Au contraire, je l’utilise comme un outil puissant pour laisser les émotions et les réflexions émerger.
Lorsqu’un participant se tait ou semble hésiter, je laisse ce silence occuper l’espace, souvent jusqu’à ce que la personne trouve les mots pour exprimer ce qui est vraiment important.
Après un échange tendu entre Patrick et Dominique, je laisse un silence prolongé pour leur permettre de revenir à elles-mêmes.
Ce moment de pause leur ouvre de nouvelles portes et ils peuvent formuler une réponse plus authentique et d’explorer des sentiments qu’ils n’avaient pas exprimés jusque-là.
5. Mettre en lumière ce qui n’est pas dit pour avancer
Une fois que l’on a identifié ce qui n’est pas dit, le défi suivant est de le mettre en lumière de manière respectueuse, afin que cela devienne un levier pour résoudre le conflit.
Cela implique de ne pas simplement écouter, mais aussi de créer un environnement où l’autre se sent suffisamment en sécurité pour partager ce qui est caché sous les couches de ce qui est exprimé verbalement.
Je guide les parties à exprimer ce qui reste implicite et, au besoin, je les aide à articuler leurs besoins profonds.
Ce processus libère non seulement les émotions refoulées, mais offre également une perspective nouvelle qui peut transformer une situation apparemment figée en une opportunité de réconciliation.
Écouter au-delà des mots, la clé d’une médiation réussie
Dans toute médiation, la question “Qu’est-ce qui n’est pas dit ?” permet de découvrir les éléments cachés, les véritables besoins et émotions des parties.
Cette écoute active et profonde est ce qui permet de déverrouiller les blocages et d’ouvrir la voie à des solutions durables.
En tant que médiateur, ma mission est de créer un espace où chacun peut se sentir compris, entendu et respecté, même (et surtout) dans ce qui reste silencieux.
Ainsi, ce qui n’est pas dit devient souvent la clé pour résoudre les conflits et transformer les relations. Parce qu’en écoutant au-delà des mots, on entend parfois ce qui compte le plus.



